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Siliana : découverte d’une maison numide vieille de près de 2 400 ans

Actualités7 min de lecture
Vue aérienne de la maison numide de Sidi Saïd, avec le logo de la SHNA et le titre « Siliana : découverte d’une maison numide vieille de près de 2 400 ans »

Sur une colline de la région de Bargou, dans le gouvernorat de Siliana (Tunisie), une équipe d’archéologues tunisiens et catalans vient de dégager le plan presque complet d’une maison numide. Elle a été construite au IVe siècle av. J.-C., peut-être même avant : elle a donc près de 2 400 ans. C’est le résultat principal de la deuxième campagne de fouilles à Sidi Saïd, menée du 16 septembre au 6 octobre 2026.

Sidi Saïd, un village numide découvert grâce à une route

Le site a été repéré presque par hasard. Lors des travaux de doublement de la route nationale GP4, qui relie El Fahs à Siliana en passant par Bargou, les archéologues de l’Institut national du patrimoine (INP) ont inventorié les vestiges menacés par le chantier. Sur le flanc d’une colline, la route avait déjà entamé des murs et des sols anciens.

La colline culmine à environ 458 mètres. Son sommet, dominé aujourd’hui par le marabout de Sidi Saïd et un petit cimetière, couvre environ 3,4 hectares. Un grand mur d’enceinte, encore visible par endroits, en fait le tour. Un détail a tout de suite intrigué les chercheurs : on n’y trouve pas de céramique romaine. Le village a été abandonné avant l’époque romaine et n’a jamais été réoccupé.

Une fouille de sauvetage a eu lieu de mi-décembre 2017 à avril 2018, sous la direction de Chokri Touihri et Mounir Torchani (INP), sur environ 650 m². Elle a mis au jour des maisons modestes, dont certaines organisées autour d’une cour, une portion du rempart dégagée sur 23 mètres et épaisse par endroits de 1,20 mètre, et un fragment de table de pressoir réutilisé dans un mur, signe d’une activité agricole.

Une maison numide presque complète, adossée au rempart

Depuis 2025, l’INP et l’Institut català d’arqueologia clàssica (ICAC) fouillent le site dans le cadre d’un programme commun. La campagne de 2026 a permis, pour la première fois, de documenter une maison numide dont le plan est presque entièrement conservé.

Vue aérienne des murs en pierre de la maison numide de Sidi Saïd, divisée en plusieurs pièces
Fig. 1. Vue aérienne de la maison numide fouillée en zone 3 : on distingue ses différentes pièces. © Hakim Kerkeni et Sidi Saïd Team, INP-ICAC

La maison se trouve dans le secteur nord-est du village (la « zone 3 » des fouilleurs). Elle compte plusieurs pièces et son plan est assez complexe. Ses habitants l’ont transformée à plusieurs reprises au fil du temps. Elle a été bâtie directement contre le mur d’enceinte, que l’équipe avait déjà retrouvé en 2025 dans une autre partie du site. On voit ainsi comment les habitations et le système de défense du village s’articulaient.

Foyers, céramiques et vaisselle de Carthage

Dans une autre partie du site (la « zone 1 »), à côté du secteur fouillé en 2017-2018, les archéologues ont étudié plusieurs pièces de la même époque. Ils y ont recueilli de nouvelles informations sur la façon de construire, les matériaux employés et les aménagements de la vie domestique, en particulier les foyers.

Vue aérienne verticale de plusieurs pièces rectangulaires d'époque numide à Sidi Saïd
Fig. 2. Vue aérienne de plusieurs pièces d’époque numide en zone 1. © Hakim Kerkeni et Sidi Saïd Team, INP-ICAC

Les objets sont nombreux et très bien conservés, certains presque entiers. On trouve des vases fabriqués sur place, à côté de céramiques venues de Carthage. Parmi les trouvailles figurent aussi des supports en terre cuite qui servaient à caler les marmites au-dessus du feu. Ces objets du quotidien aideront à comprendre comment on cuisinait et vivait à Sidi Saïd, et quels liens le village entretenait avec ses voisins.

Trois supports en terre cuite percés d'un trou, utilisés pour poser des récipients au-dessus du feu
Fig. 3. Objets servant à caler les récipients au-dessus du foyer, découverts en zone 1. © Sidi Saïd Team, INP-ICAC
Petits vases, bols en céramique et boules de pierre découverts dans la maison numide de Sidi Saïd
Fig. 4. Une partie du mobilier archéologique trouvé en zone 3. © Sidi Saïd Team, INP-ICAC

Un lieu de culte ?

La fouille de 2017-2018 avait déjà livré une surprise. Dans la partie ouest du site, les archéologues ont dégagé un bâtiment de trois pièces allongées, ouvertes sur une cour. Sur le sol de la pièce centrale reposait un crâne de sanglier posé sur un lit de galets, à côté d’un petit vase et d’une dalle dressée. Dans la cour, un squelette entier de porc ou de sanglier avait été déposé entre deux lits de pierres, sans aucune trace de découpe. Des offrandes de céramique, parfois volontairement cassées, étaient aussi présentes.

Pour Chokri Touihri et Mounir Torchani, ces indices font penser à un lieu de culte. Ils restent prudents : on n’a trouvé ni stèle, ni autel, ni figurine. Leur interprétation est présentée comme provisoire, en attendant la fin des fouilles.

Une nécropole d’au moins 85 tombes

Pendant les fouilles, une partie de l’équipe a poursuivi la prospection des environs, commencée en 2025. Elle y a repéré une nécropole préromaine qui compte au moins 85 monuments. Son étude devrait renseigner sur la façon dont les habitants de la région traitaient leurs morts.

Tombe préromaine formée de pierres affleurant dans la garrigue, près du site de Sidi Saïd
Fig. 5. Une des tombes repérées dans la nécropole préromaine voisine. © Sidi Saïd Team, INP-ICAC

Quel âge a le village ?

Selon l’ICAC, les constructions étudiées en 2025 et 2026 montrent que le village a été occupé de la seconde moitié du Ve siècle à la fin du IIIe siècle av. J.-C. Ces dates s’appuient sur des fouilles plus étendues que celles de 2017-2018, dont la publication proposait encore des fourchettes larges, établies surtout à partir de la céramique. L’étude du mobilier permettra d’affiner cette chronologie.

Pourquoi Sidi Saïd est un site important

Les Numides sont surtout connus par les textes grecs et latins, par leurs rois et par leurs grands monuments funéraires, comme le Medracen (Imedghassen). Leurs maisons, en revanche, restent mal connues. La plupart des villes numides fouillées, comme Dougga, Bulla Regia ou Zama, ont été réoccupées par les Romains, dont les grands travaux ont profondément transformé les niveaux plus anciens.

Sidi Saïd est différent : le village n’a pas été réoccupé après son abandon. Ses sols sont bien conservés et ses maisons peuvent être étudiées sans être recouvertes par des constructions plus récentes. Pour Touihri et Torchani, il peut devenir un site de référence pour l’étude des premiers villages du nord-ouest de la Tunisie. Le site se trouve aussi près du tracé de la Fossa Regia, le fossé qui marqua après 146 av. J.-C. la limite entre la province romaine d’Afrique et le royaume numide.

Qui mène les fouilles ?

Archéologues de l'INP au travail sur la colline de Sidi Saïd, avec les montagnes de la région de Bargou à l'horizon
Fig. 6. Le chantier de fouilles de Sidi Saïd pendant la campagne de 2026. © Sidi Saïd Team, INP-ICAC

Les fouilles sont codirigées par Yamen Sghaïer et Chokri Touihri (INP), et par Maria Carme Belarte et David Montanero, du groupe de recherche MIRMED de l’ICAC (Tarragone). L’équipe réunit des chercheurs, des conservateurs et des étudiants tunisiens et catalans. Le programme est soutenu par la Fondation Palarq (Espagne). Ce n’est pas le premier travail commun de l’INP et de l’ICAC sur les Numides : les deux instituts ont déjà fouillé ensemble Althiburos, dans la région du Kef.

Sources

  • ICAC, « Second archaeological campaign at Sidi Saïd uncovers a 4th-century BC Numidian house », 28 octobre 2026 : icac.cat.
  • C. Touihri et M. Torchani, « La découverte d’une agglomération préromaine à Sidi Saïd, région de Bargou, présentation préliminaire », dans M. Khanoussi et M. Ghaki (éd.), L’exposition « Die Numider » 40 ans après. Bilan et perspectives des recherches sur les Numides, Tunis, Institut national du patrimoine, 2021, p. 411-425.
  • INP, « An archaeological mission at the Sidi Saïd site », 7 octobre 2026 : inp2020.tn.
  • ICAC, fiche du projet « En busca de los orígenes de la civilización númida: excavaciones y prospecciones en Sidi Saïd (Siliana, Túnez) » : icac.cat.
  • N. Kallala, J. Sanmartí et M. C. Belarte (dir.), Althiburos II. L’aire du capitole et la nécropole méridionale : études, Tarragone, ICAC, 2016.

Toutes les photographies : © Sidi Saïd Team, INP-ICAC (vues aériennes : © Hakim Kerkeni et Sidi Saïd Team, INP-ICAC).

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