Société d'Histoire Nord-Africaine

L’Euphorbia resinifera

Par Camil Kermoume – (Avril 2021)

Mots clés : Euphorbe, Maroc, toxicité, miel,

« Du temps de nos pères, le roi Juba II a découvert une plante qu’il a nommée « Euphorbe » (Euphorbia resinifera), du nom de son médecin. […] Il existe sur l’euphorbe un traité de Juba, où il vante beaucoup cette plante. Il la trouva sur le mont Atlas, elle est droite comme un thyrse, et a les feuilles de l’acanthe. Elle a une telle force, qu’on en recueille le suc à distance. On l’incise avec une perche armée d’un fer, et on met dessous un récipient fait en peau de chèvre. Le liquide qui s’écoule a l’apparence du lait, et, quand il est séché, celle de l’encens. »

Pline l’Ancien – Histoire Naturelle, Tome II, Livre 25

Figure 1 : Illustration botanique de l’Euphorbe résinifère par Hermann Adolph Koehler’s Plantes médicinales 1887

Histoire & répartition

Comme l’a si bien présenté le célèbre auteur romain Pline l’Ancien, le roi érudit et prolifique, Juba II de Maurétanie, beaucoup plus connu pour ses ouvrages que son règne, a nommé cette plante endémique du Maroc du nom de son médecin grecque Euphrobus, qui l’a découverte. Le nom de ce médecin sera par la suite attribué à toute les espèces de la grande famille des

Euphorbiacées. Les populations berbérophones l’appellent « Tikiwt » (ⵜⵉⴽⵉⵡⵜ). L’ingénieur- chimiste et botaniste Jean Gattefossé (1899-1960) ; (1931), nous informe que plus tard, les anciens auteurs confondirent l’Euphorbia resinifera avec l’Euphrobia officinarum L., de l’Afrique centrale, de l’Arabie et des Indes. Il faut savoir que l’euphorbe résinifère fait partie de la famille des Euphorbiacées qui regroupe plus de 6 000 espèces réparties en 200 à 300 genres. La grande famille des Euphorbiacée est comptée parmi les cinq familles de plantes à fleurs les plus vastes au monde.

Toxicité

Les Euphorbes secrètent une sève laiteuse en cas de blessures sur leurs parties végétales. Ce « lait » peut être plus ou moins irritant ou allergène selon les personnes, il peut mettre plusieurs heures à manifester des irritations fortes en cas de contact avec la peau. C’est à cause des diterpènes que contient la sève de l’euphorbe, que de fortes irritation de la peau et des yeux sont provoqués.

C’est pourquoi il est recommandé de porter des gants quand on manipule cette plante, et de bien se laver les mains ensuite pour éviter tout contact avec la peau. S’il est ingéré, le latex provoque des vomissements et des diarrhées.

Figure 2 : Euphorbe résinifère par planteset.com
Figure 3 : Euphorbe résinifère dans un jardin botanique par planteset.com

Quelles utilisations pour l’Euphorbe ?

L’Euphorbe est utilisé pour différentes raisons. Durant l’antiquité, Juba II lui vente des louanges merveilleuses au suc laiteux qui se trouve dans cette plante, comme propre à éclaircir la vue, et à combattre les morsures des serpents et toute espèce de venin. L’euphorbe résinifère contient en fait une gomme-résine, âcre et vésicante, commercialisée depuis l’antiquité. Les apothicaires et herboristes de Marrakech la connaissent sous le nom de « Phorbium ».

L’euphorbe s’est longtemps exportée vers l’Europe, on sait que les Allemands en importaient en grande quantité durant la Première Guerre mondiale, comme anesthésique contre la carie dentaire du bétail.

Selon les témoignages recueillis au cours du IXXème et du XXème siècle, les populations berbérophones, l’utilisaient en médecine humaine comme anesthésique, contre les maux de dents, mais l’usage en est très restreint à cause des difficultés d’emploi. La gomme-résine conserve en effet les propriétés caustiques (corrosives) du latex frais.

Jean Gattefossé (1931) nous informe également qu’après-avoir inciser la plante au couteau pour donner faire sortir au liquide corrosif, très abondant que renferme la plante, les Berbères du Moyen-Atlas la laisser sécher au soleil, pour constituer la gomme Phorbium. Les accidents sont fréquents et les poussières provoquent de graves conjonctivites. Les producteurs se livrent à ce travail qu’avec « répugnance » et c’est seulement lorsque les marchands de Mogador (actuelle Essaouira) fessaient savoir aux producteurs que la récompense financière en valait le coût. Cette récolte est donc plutôt périodique.

Le miel d’Euphorbe toxique ou non ?

De nombreux sites et blogs consacrés aux miels vantent ses vertus et affirment qu’il est un véritable stimulant du système immunitaire qui contient des minéraux, des antioxydants, des oligoéléments, des flavonoïdes ainsi que des vitamines. Au Maroc, ce miel est appelé : « Miel de daghmous » ou « darmous », c’est-à-dire de « cactus ». Même si elle est minime, parfois la toxicité de la plante peut être transférée dans le miel. Il est tout de même considéré comme étant « le meilleur miel du monde » pour lutter contre l’asthme allergique.

Figure 4 : Etendue d’Euphorbe résinifère au Maroc par izalfane.over-blog.com

Pour citer cet article

Camil Kermoume, « L’Euphorbia resinifera », Société d’Histoire Nord-Africaine (SHNA), 2021

Bibliographie

Histoire Naturelle par Pline l’Ancien (Tome II – Livre 25)

Jean Gattefossé (1931) Les Euphorbes Cactoides Du Maroc Site : documents.irevues.inist.fr

Euphorbia resinifera, Encyclopédie botanique de Palmaris